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Désirable et indésirable clinique

16ème Cours / Techniques de soin
en psychiatrie de secteur

Cours organisé en Mars 2012
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Désirable et indésirable clinique

On parle beaucoup de la clinique. Mieux vaut savoir de quoi l'on parle. Pour le dictionnaire Littré, est clinique ce qui se fait au lit du malade (par opposition à la pratique des consultations). Cette situation suppose l'acceptation ou même la recherche d'une proximité avec le patient – dans l'observation comme dans le traitement. Proximité avec son intimité corporelle. En psychiatrie, proximité avec son intimité psychique.

C'est de la proximité avec cette intimité-là que la technologie psychiatrique actuelle cherche à faire l'économie. Elle n'est nécessaire ni pour une prescription médicamenteuse, ni pour la mise en oeuvre d'un programme comportementaliste. Lorsqu'elle est inévitable, comme dans la mise d'un patient sous contention physique, l'application stricte d'un protocole est prévue pour s'en protéger. Cette proximité-là est-elle devenue indésirable ?

Lorsque la relation soignante en psychiatrie est amputée de cette dimension de proximité psychique, que devient-elle sinon une rencontre opératoire dont la seule finalité est la normalisation du sujet par l'extinction de ses déviances sociales ou symptomatiques ?

Nous voudrions dans ce Cours faire l'éloge de cette proximité.

1 - D'abord souligner ce qui la rend
précieuse pour le patient.

Il n'est plus seul face aux expériences effrayantes de la défaillance de son esprit dans l'invasion psychotique, de la trahison de son corps dans les affections somatiques graves, de la confrontation brutale avec un bouleversement de ses investissements (deuil – naissance – perte d'activité). En acceptant de partager l'intimité de ce vécu, les soignants authentifient son existence, lui donnent une légitimité.

2 - Ensuite repérer dans quels cadres
elle peut se vivre.

Le cabinet du psychothérapeute est-il le dernier refuge où elle est licite ?

Qu'en est-il de la multitude d'entretiens proposés à un patient dans son parcours psychiatrique, qu'ils soient individuels, en duo ou en groupe ?
S'agit-il seulement d'évaluer ses capacités et de comptabiliser ses défaillances, ou de l'aider à entrer en communication avec lui-même ?

Que se passe-t-il pour celui qui souffre de troubles psychotiques, dans les diverses structures ambulatoires ou résidentielles (sanitaires ou médico-sociales) qu'il est appelé à fréquenter ?
Leur organisation permet-elle que s'instaure cette proximité entre sa vie psychique et celle des soignants qui, seule, peut lui permettre de retrouver le chemin perdu de la familiarité avec lui-même ?

Comment organiser notre rencontre avec celui qui fuit la confrontation angoissante avec ses émotions par le passage à l'acte suicidaire ou antisocial ?
Avec la femme enceinte au narcissisme fragile, avec l'adolescent barricadé en lui même ?
Avec celui qui vient d'apprendre qu'il va bientôt mourir ?

L'agencement matériel et relationnel de cette rencontre - son cadre - est le préalable indispensable au soin psychique.
Mais ce qui lui donne vie, n'est-ce pas l'instauration patiente de cette proximité psychique désirée et redoutée, qui va permettre la rencontre du patient avec lui même ?

3 - Puis nous intéresser à ceux qui la vivent.

Psychiatres et psychologues, certes. Mais aussi et surtout ceux qui côtoient les patients au quotidien : infirmiers,éducateurs, travailleurs sociaux, auxiliaires de vie.

Lorsque ces interactions entre ces professionnels et les patients ne sont pas reconnues, puis analysées et métabolisées par leurs protagonistes, elles se manifestent chez ces divers intervenants par l'installation d'attitudes figeant la relation dans des attitudes normatives ou moralisantes, et la vie institutionnelle dans une répétition mortifère ou une succession chaotique d'événements insensés.

D'où la nécessité de moments institués où puissent se dire et se comprendre les réactions des uns et les autres à cette proximité avec la vie psychique du patient – réactions pensées, ressenties, agies.

4 - Enfin rechercher ce qui la rend
vivable et féconde.

Il ne s'agit pas seulement de vivre cette proximité, il s'agit aussi de la comprendre, d'en analyser les composants, d'en décrire les diverses facettes dont certaines nous fascinent et d'autres nous font peur. Ce n'est pas impunément que se traverse un tel compagnonnage avec les accidentés de la vie, encore moins avec ceux qui ont trouvé refuge dans la folie. On y côtoie l'omnipotence, la furie du désir, le refus obstiné des limites, le plaisir et la douleur de vivre, la fascination de la mort. Il est donc essentiel de se donner les moyens de ne pas s'y perdre, sans pour autant se référer à une ligne de lecture univoque.

Ce Cours a un objectif : contribuer à la recherche de ces moyens. Cette proximité-là a été la chair et le sel du mouvement de rénovation qui a radicalement changé le visage de la psychiatrie au cours des cinquante dernières années. D'avoir été acceptée comme allant de soi, de ne pas avoir été l'objet d'une véritable analyse, elle paie aujourd'hui le prix. Les fascinations, les peurs et les illusions qu'elle a suscitées sont sans doute à la source du rejet irrationnel dont elle est aujourd'hui l'objet. Nous aimerions rassembler dans ce Cours les intervenants et les arguments permettant d'en réhabiliter la pratique.

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